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Les Récits du MUC Cyclo
Pour les amoureux du vélo
et de la prose bucolique et éthérée, voici
un nouveau chapitre qui relate quelques exploits écrits et
racontés par notre incomparable poète pédalant
: VICTOR SIESO
Sortie
vététiste gardoise
samedi 23 et dimanche 24 février 2003
Les années passent, les traditions
restent. Comme des jeunes enthousiastes, fanatiques et monomaniaques,
le petit groupe des chercheurs de cols constitué un peu par
hasard voici près d'une décennie, se retrouve à
dates programmées en début et en fin de saison, pour
des expéditions en terrain de plus en plus conquis, mais
où des découvertes demeurent encore possibles C'est
une fois de plus Jean Pierre de Castelnau le Lez à qui est
incombé le travail (pour lui je me doute que ce fut aussi
un plaisir) du trouver quelque chose du côté du clapas
Montpelliérain, avec gîte ouvert, couvert et cols.
Le cyclo muciste propose l'étape à Quissac, entre
Vidourle et Cévennes, entre garrigues de calcaires et pentes
plus imposantes drapées de forêts.
Comme d'habitude lorsque je me pointe en ces confraternelles réunions,
il me suffit de pouvoir me libérer, de retenir mon week-end
à l'avance, après quoi, je ne regarde même pas
la couleur du temps qu'il va faire. C'est ainsi que vendredi soir
débarquant au logis de Florianet, serrant la main à
Martial venu de Perpignan, je m'étonne que le catalan me
décrive en Roussillon un temps assez apocalyptique, avec
force précipitations et soufflerie espagnole de mauvais augure.
Bah, nous sommes là pour passer du bon temps, quel que soit
celui du dehors On était bien plus de vingt à rejoindre
en voiture pour la première confrontation pédalante
St Hippolyte du Fort. Lors de cette mise en place, en effet déjà
la dégradation annoncée "mascare" le timide
soleil qui essayait de percer. Faudra bien se vêtir, et enfiler
de bons gants, bien vrai Sandrine qui débarque néophyte
parmi les vieux ours connaisseurs et autres gazelles de longue expérience.
La Séranne est fermée,
l'ouest se bouche désespérément, on s'enfonce
de suite dans le vif du sujet, dans les versants majestueux de la
montagne de la Fage, qui barre lourdement l'horizon entre Cézas,
Cambo et St Roman de Codières. L'altimètre grimpe
vite, aussi le rythme du coeur, mais c'est à peine si l'on
se réchauffe, car à la côte 600 et au-dessus,
on reste plus près des trois degrés que des sept.
Le thermomètre porté par quelques uns oscillera entre
ces deux valeurs, c'est dire que même en Midi l'hiver continue.
Comment a fait Georges pour s'égarer
tout seul, on le perdit de vue vers le col de la Pierre Levée.
Le brouillard n'était pas pourtant descendu. Philippe eut
beau partir en chien fureteur, il reviendra bredouille Comment le
madicois pourrait-il se tirer d'affaire sans carte, sans portable
dans le dédale de chemins partant dans tout les sens depuis
que les forestiers ont tracé des voies d'accès pour
des coupes ou des plantations de renouvellement. Les pneus crissaient
sous la neige du flanc nord, on cheminait laborieusement vers la
crête, quand tout à coup surgit du fond de la pinède,
des profondeurs du joli et nostalgique vallon gardois de Bourras,
une bête pédalante, haletante, suante, une roue à
plat de surcroît: l'ami Georges est revenu sans boussole,
à la trace, comme à la chasse.
Non, Jean Pierre n'a pas retenu d'auberge
à Cézas- d'ailleurs y en a-t-il une? Toujours est-il,
que lorsque le peloton reconstitué après sa cavale
sur les pistes et drailles moutonnières débouche en
la ruelle pavée principale de ce village hameau, tranquillement
un habitant propose spontanément sa cave voûtée
pour refuge. Car la goutte menace et le froid canarde en ces hauteurs
grises enveloppées d'une lueur qui rappelle plutôt
Noël, que le proche printemps. Tout semblait avoir été
préparé pour nous, il y avait une longue table, des
chaises, de mignonnes petites lampes fichées contre les pierres
disposées en épis, un vrai décor de crèche
Si ce ne fut pas un miracle commandité par l'un de nous,
cela ressemblait fort à une certaine Cène, même
si le nombre et le traître n'y étaient pas!
Jacques de Clermont et sa tendre
nouvelle accompagnatrice Sandrine donc nous quitteront pour un retour
routier. L'étudiante en recherche est trop tendre pour s'atteler
sans souffrir à la suite rocambolesque de la journée.
Les jambes qui flageollent ne pardonneraient pas une corvée
supplémentaire. Il faut savoir se ménager pour des
lendemains sans ankylose, et ce serait la même chose pour
chacun d'entre nous s'il sortait de maladie.
Le vent mauvais d'est, de sud, d'autan n'a pas cessé de faire
peser toujours plus de nues au-dessus des montagnes. Février
s'achève mais l'hiver tenace nous tenaille, canaille avec
son lot de représailles. A quand donc le printemps, les épousailles
? Il faudra semble-t-il cette année prendre patience avant
que d'ouvrir nos narines aux premiers parfums échappés
des fleurettes de nos campagnes se répandant dans un air
plus clément!
Pas de casse en cette première
journée. Ah si, Georges qui a donné toute son eau
dans sa crainte de ne plus nous rejoindre tantôt, s'est mal
réceptionné d'un déséquilibre et se
ressent d'une belle élongation au mollet, dont la douleur
ira grandissant avec le repos du muscle et son refroidissement.
Une petite pluie a fini par faire son apparition. Les rues de St
Hippolyte sont humides. On se pose en un bistrot avant de gagner
le gîte, car fina1ement la balade s'est conclue assez tôt.
47 kilomètres et 1300 mètres selon les compteurs des
uns et des autres, car je me suis pointé avec un vtt "
désarmé ", sans porte bidon, sans compteur de
distance, sans altimètre mais. avec garde-boue. Des noisettes
délicieuses circulent avec les demis ou les boissons chaudes.
Dans l'atmosphère enfumée par d'invétérés
amateurs de clopes-tabagisme affligeant, l'on se serait pris presque
à tousser, mais il faisait si pas beau à l'extérieur
( comme on dit au Québec), qu'on s'y est senti bien malgré
tout, bien serrés. Le temps de refaire notre journée
en paroles et dans notre tête.
Quand les journées pédalantes
sont courtes, il en est qui trouvent le moyen de les prolonger par
des excursions nocturnes dans les cafés. Non contents de
la Blanquette limouxine atterrie comme il se doit des contrées
lumineuses de notre cher Kikou de la route de Pieusse (pour ceux
qui l'auraient oublié !). Les forts en pinte se devaient
de parfaire leur journée dans la rumeur villageoise d'un
samedi soir après 22 heures, dans la lueur enfumée
d'un estaminet bien vivant. Le Vidourle débordant a laissé
des traces de sa violence sur les rambardes tordues du pont d'accès;
mais aux dires des uns et des autres il n'y eut pas de débordement
nocturne de la part de la jeunesse autochtone ou rapportée,
quelques simples couplets de chansons paraît-il
Les lendemains de vent d'Espagne ne chantent guère, comme
il fallait s'y attendre. ce dimanche matin n'augure pas le givre
mais le redoux humide et Leiris est cerné de grisailles à
l'humeur massacrante comme le fut Tauch en février dernier
au dessus de Tuchan.. Le reste de pluie de nuit va-t-il s'évanouir
ou nous faudra-t-il partir encapés?
Le parcours délaisse la zone
montagneuse, se hissera à peine au dessus des 200 mètres,
pourtant il va laisser des traces Pas de col droit au sud de Liouc
-que JPR s'évertue depuis toujours à orthographier
Louic comme pendant longtemps j'ai pensé Valfaunès
pour Valflaunès et Montardier pour Montdardier-, mais ça
colle, normal. On tombe entre les vignes et la garrigue, dans les
terrains argilo-glaiseux saturés d'eau après tant
de précipitations hivernales. Très vite, les vélos
témoignent de cet affront: les cadres se crépissent
de la plus belle boue, les chaînes se garnissent d'un faux
lubrifiant, les pédaliers s'enrobent, les patins se bouffent,
les roues se chargent, les freins se colmatent, les habits se maculent.
Je dois faire jouer du bâton de buis pour désenclaver
le passage entre pare boue et roues. De plus, le petit crachin persiste
et finit par imbiber des pieds à la tête, ce qui peut
ne pas être très bon pour le rhume! Corollaire ça
glisse et ça tombe sur la pierre huilée, sur le pavé
grossier qu'on croirait avoir été posé par
les Romains du temps des "vias". D'ailleurs, l'un d'entre
nous a dû déclarer forfait Georges le play-boy, une
plaie boy, et s'il peut juste pédaler, il ne peut poser pied
à terre, pousser sa machine " en tous les lieux, par
tous les temps ", aussi a-il choisi la conquête des cols
sur randonneuse et sur goudron pour une petite matinée. Nous
avons quitté l'ami carreleur après Aiguebelle.
La journée qui promettait
d'être des plus faciles et agréables par beau temps
va continuer à produire son lot de victimes. Il y aura bien
pour les uns et pour les autres la griffe de l'ajonc ou de la salsepareille,
voire du piquant prunellier, pour déchirer un beau collant
tout neuf pour mettre à mal une paire de gants, pour défaire
une maille de maillot; il y aura bien une percée ou deux
sur les ronces traînantes au sol; il y aura surtout un Jean
Michel qui s'attirera les foudres de la malchance, après
les déboires de sa Christine en mai dernier au Pays Basque,
il se retrouve au sortir d'un bois avec son cadre déboîté.
Pour lui le chemin ne pourra guère se prolonger, l'avarie
est sérieuse; il rentrera prématurément sur
Quissac, entraînant sa troupe périgourdine et même
pour le coup la Sandrine accrocheuse, volontaire, mais attardée
par les petits raidillons.
L'expédition selon l'itinéraire
concocté se réalisera finalement, avec pertes et dégâts,
car si Je ciel n'octroya pas la moindre éclaircie, laissant
partout une triste lumière en berne, il nous permit néanmoins
de progresser sans que les conséquences mouillantes s'amplifient.
Et c'est à la lueur sombre de midi, à l'orée
d'un jeune champ d'oliviers que la troupe transie, maculée
partagera le repas tiré du sac. Que soit béni, loué
et remercié celui qui pensa à faire suivre la bouteille
de vin, seul breuvage susceptible à ce moment de ragaillardir
les coeurs engourdis, faute d'un thé brûlant, d'une
infusion au coin du feu ou d'un petit noir à l'auberge du
bord de route de Fontanès, qui de toute manière n'aurait
pas osé accepter la harde gadoueuse en son salon lustré!
Le paysage de la garrigue a beau
paraître plat et sans saveur, ce tableau n'est vrai que pour
celui qui ne l'aime pas. Car sous l'aspect terne, rébarbatif
et peu attrayant de ces hectares gris vert incultes se cache un
monde merveilleux de sortilèges. La végétation
tout d'abord est loin d'être absente ou monotone. Les essences
se mélangent. L'arbousier brille, le ciste attend son heure
pour laisser échapper ses corolles de papier, le buis côtoie
le chêne, la bruyère s'associe au genêt, la coronille
voisine avec le thym, le pin d'Alep se réfugie en d'antiques
bouquets qui devaient antan peut-être constituer une forêt
primitive. C'est dans ce dédale végétal que
court toujours la sauvagine, le lièvre excité par
la baie poivrée, le sanglier la hure au vent, l'oiseau discret
caché dans sa Brocéliande infinie. D'aucuns y auraient
même surpris des tourtereaux qui roucoulent. Moi qui comme
toujours ne vois rien, je n'ai observé qu'une Nicole qui
roule cool. C'est dans cette tourmente verte que nous nous sommes
escrimés pour retrouver un passage et accéder au col
du bois des pins ( un col archéologique que même les
chasseurs et le gibier doivent délaisser, c'est dire, aux
deux cols successifs de la Carriérasse, dont l'un privé
sur un bord débouchait sur un périmètre d'élevage,
et l'autre ouvrait sur un vallon fuyant de vignes pelées
et alignées au cordeau. Plus simple fut l'accès au
col du plan des Masques perdu sur une combe perchée qu'il
a fallu descendre d'abord pour regrimper ensuite Majourdan et Reynard
seront les deux derniers jalons de cette modeste journée
bien remplie.
Modeste par la distance, modeste
par le dénivelé (un peu plus de 1000 mètres),
remarquable pour la préparation physique et le degré
d'évasion qu'elle a pu conférer à ses participants,
remarquable enfin pour la fraternité maintenue en dépit
des petits heurts des uns et des malheurs relatifs du ciel.
Les vélos qui ont pu par hasard
être une première fois décrottés au jet
d'eau opportunément offert à la ferme de Soulage pourront
sans réserve retourner à la douche pour une remise
à neuf comme il se doit. Car il faut que ça brille
pour le prochain rendez-vous en septembre du côté d'Ambert
et du pays de Dédé Chevaleyre! Il sera notre papy
d'honneur, puisque l'heure est à fêter les petits enfants
des uns, des unes et des autres.
(samedi: 47 km et 1300 m de dénivelé/
dimanche :63 km et 1050 m de dénivelé)
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