Les Récits du MUC Cyclo
Pour les amoureux du vélo
et de la prose bucolique et éthérée, voici
un nouveau chapitre qui relate quelques exploits écrits et
racontés par notre incomparable poète pédalant
: VICTOR SIESO
Rendez-vous
des cent colistes
samedi 6 et dimanche 7 septembre
2003 :
En fait, c'est bien dès vendredi soir que l'organisation
se retrouve, à Chaumont le Bourg cette fois- à l'invitation
de Dédé et de Jacques qui sont du coin. Bon an mal
an, l'organisation en effet suit son cours, et comme le rappelait
Gérard le grassois, cela fera dix ans tout rond l'an prochain
que nous tournons dans l'hexagone à fortifier notre connaissance
en matière de cols. Heureusement que j'ai des notes et des
photos car j'aurais tendance à mélanger les virées
d -hiver en février avec certaines de septembre, à
confondre tel gîte en tel endroit à telle année.
dans la mémoire, cela fait une belle pelote d'événements.
Tout le monde arrive donc au Prieuré
grand comme une école de notre enfance sans attendre le lendemain
les Gillodes, le Kikou,. les Bénistrand qui habitent à
l'ombre des Puys, le Jeannot de Siran qui émarge à
plusieurs groupes ou confréries et qu'on n'avait pas revu
depuis quelques épisodes Il n'y a guère que Jean-Michel
en représentation fédérale, et Gérard
le Dijonnais (ou le Beaunois) qui joue paraît-il le rôle
du père mariant son fils et non celui du frère (de
Bernard) à se porter pâles pour l'édition pré-automnale
2003
Car après tant d'effarante
désolante écrasante débilitante effrayante
canicule, c'est vraiment un goût d'arrière saison que
nous emporterons de ce voyage au coeur du Massif Central, dans les
hautes terres de Pierre sur Haute, que je taraudais pourtant voici
à peine un an en escamotant une Clermontane plutôt
Alpine, et j'avais oublié un tantinet la beauté secrète
des lieux.
Pour bien montrer qu'il faut tirer un trait sur la période
de sécheresse étouffante, la pluie s'est mise à
tomber en début de matin le samedi, au grand regret de l'organisateur
qui se désolait déjà de ne pouvoir nous offrir
ce qu'il a mis du temps, de l'amour, de la patience à concocter,
avec l'aide de Jacques et de Patrick
Mais la troupe s'ébranle sans
les capes, en voiture, jusqu'à rejoindre la crête nord
un peu au dessus des 1000 mètres, pour se lancer comme depuis
le tremplin de Médeyrolles à l'assaut de la dizaine
de cols prévus. Cols en grande partie routiers que nous couperons
en sortant des bois, en traversant les hautes Chaumes dégagées,
sans alouettes mais avec force paysage de cumulus gonflant la voile.
Le brouillard a failli jouer les gêneurs: il se retirera finalement,
laissant même la place à de jolis rayons de soleil
n'accusant pas la surchauffe estivale, laquelle a laissé
quand même des traces dans la région (sapins roussis,
feuillus dégarnis, herbages ras même si reverdissants)
Des mouches, qui ne sont pas celles de JP Sartre et encore moins
d'affamés moustiques, nous traquent une bonne partie de notre
itinérance en forêt (excusez la raffarinade, dans l'air
du temps). Mais point de taons annonciateurs d'orage. Sans doute
des diptères frileux présageant un retour de froid
pour les jours à venir, confondant le troupeau sur deux roues
avec de placides bovidés (tant il est vrai que notre allure
est plus proche de celle d'un animal d'étable que d'un coursier
taillé à la Longo, qui va faire des siennes dans la
cyclosportive de 1'Aigoual ce week-end)
On a suivi comme une longue draille,
encerclés de résineux, on a tracé longtemps
au nord avec pour point de mire les imposantes antennes raéliennes
), du sommet du Livradois-Forez- à 1640m.
Jusqu'où nous grimperons, sortant des ornières de
la très vaste couverture forestière pour naviguer
dans 1'immensité rase et ô combien bucolique des landes
à bruyère, tourbeuses et herbeuses Par ici, Pourrat
a fait vivre son Gaspard des Montagnes Par ici nous passâmes
les uns et les autres, car le col du Béal n'est pas loin,
Courpière et son gîte sont à portée de
pédale, les diagonalistes de Strasbourg-Hendaye (ou l'inverse)
ont certainement eu à découdre avec des forts pourcentages
du socle hercynien fatigué mais jamais plat
On n'alignera pas une dénivelée
pharamineuse à 1'issue de cette première. Journée
rectiligne- alternant la piste, la sente et le goudron (un bon ménage
à trois justement), nous préparant pour un lendemain
plus technique, plus bref, plus exigeant, même si pointant
à des ensellements de plus modeste altitude Journée
lisse et tranquille cadrant bien avec fin de vacances (pour certains)-
clôturant pour ce qui me concerne la démentielle série
ininterrompue de ciel bleu et de soleil outrageant Etape pourtant
émaillée d'une belle chute presque au sur place pour
Nicole tombée sur Bernard, à moins que ce ne soit
l'inverse- L'enquête le déterminera, car il eut effusion
de sang, arrivée des urgences (le PQ de Dédé
pour essuyer le rouge filet), départ sans grosse inquiétude
pour les suites, ni pour le vélo- ni pour la peau de Madame,
qui s'est endurcie cet été sur un long chemin de St
Jacques. Emaillée encore par l'escapade hors circuit des
deux lascars échappés constamment à l'avant,
j'ai nommé Michel et Philippe Le premier au moins sera puni
par la privation de la Croix de Fossat ( 1487 m), un passage en
contrebas de crête marqué par la belle pièce
en fer forgé (moderne) sur poteau de granit.
La France profonde est vidée
de sa foule, de sa canicule. Déjà l'auberge du Béal
a fermé ses portes, et les routes les hameaux semblent bien
solitaires, tristounets presque hors de toute agitation- de la fièvre
vacancière Ambert même c'est pas la foule pour la fête
du jumelage du Gorgonzola avec la Fourme du terroir. Dédé
nous fait traverser le centre piétonnier où certains
n'auront retenu que le joli galbe d'une certaine Barbara perchée
en un balcon, clin d'oeil malicieux de l'ami Jacques à la
femme de Martial.
Brave Kikou. il nous a bien ramené
la Blanquette, cette fois échantillonnée, une pour
l'apéro, une pour les dames, à 1'ancienne, une pour
les messieurs, à la Champenoise que du brut, du pétillant-
à l'heure des commentaires où il n'eut pas de mauvaise
langue et des chansons, sans que les verts alexandrins du "
Pape " fussent déclamés en ce lieu porteur d'histoire
sainte. Et pour marquer le coup du changement vers un progrès
pas feint, Jacques nous fait passer en boucle pendant le repas le
reportage numérisé et en musique de la journée,
shootant par la même occasion les vues pixellisées
d' Alain, qui s'est mis aussi au digital. Avec mes armes argentiques
à retardement, -je vais bientôt faire figure de dinosaure
fossilisé qui a arrêté son évolution
au 20eme siècle révolu i
Patrick enfant du pays, qui n'a pas
craint hier soir d'amener femme et enfants dans l'antre de l'équipe
avinée (Bernard achevant son cycle de 9 diagonales a glissé
sur la table un bon Bourgogne blanc), Patrick donc, au jarret facile,
sera ce dimanche l'ouvreur et le guide, fermant les barrières
après notre passage en pâture, commentant le patrimoine
modeste mais attachant du secteur, où l'on essaye de vivre
d'autre chose que de la forêt et de l'agriculture Est-ce là
la raison pour laquelle on a trouvé- à l'unanimité,
le terrain miné comme dirait Alain, avec ses reprises coriaces,
ses raccourcis caillasseux ses changements de rythme propres à
épuiser les moins entraînés, sans aligner le
moindre col! . Mais les 16 ou 17 que nous étions n'ont pas
bronché,. le décor était si beau, la traversée
sud si sympa, malgré la menace approchante d'un vilain nuage
noir.
Faut dire qu'en ce jour du Seigneur,
curieusement, près d'un bon tiers de l'effectif de la veille
ne participera pas au second chapitre de la pédalée
auvergnate. Martial rentrait sur Perpignan, après une semaine
il est vrai de libre découverte des routes du parc; Alex
et sa tendre moitié avaient rendez-vous dans la journée
à 400 km plus au sud, Georges fila en son pays de Madic et
les Bénistrand comme la veille d'ailleurs allèrent
se refaire une santé ( ')) en visitant l'attraction du coin.
la carte géante du monde sur jardin original J'allais oublier
Jacques, qui en catimini rangea son portable- son projecteur, pour
prendre le volant de sa puissante voiture, laissant dans son sillage
un chapelet d'images cocasses qu'il va sans doute commencer à
monter sans plus tarder Et je citerai bien sûr Jeannot déjà
en partance pour les Baléares- au moins dans sa tête
Tous ces absents triés sur le volet se seront épargnés
les dents de scie donc jusqu'au col des Fourches, et même
au delà- car avant de rejoindre le col de Taupies (996 m).
Nous mîmes un point d'honneur à gravir le neck de Monestier
point culminant du jour sans doute, d'où nous contemplâmes
les crêtes parcourues la veille Ces molles et douces collines
arborant de nobles couvertures résineuses cachent de diaboliques
coups de boutoir Heureusement, la pluie est venue s'en mêler,
il n'y aura pas de col de la Balance Le corps, les -jambes ne seront
plus mis à rude épreuve. Basta pour la relance à
fond la caisse et tout à gauche il a fallu se planquer sous
l'auvent du chalet en bois du col, manger vite et blottis- passer
les goretex et autres vestons Et très vite l'habit imperméable
pour ceux qui l'avaient.
Une bonne bourrée sur les
planches à la manière presque auvergnate revue et
corrigée par la troupe hétéroclite des "
intermittents du vtt", et c'est le coup d'envoi d'un orage
qui sera plus qu'un simple grain- prolongé par une pluie
droite- drue et monotone Les prévisions météo
débarquent avec 24 heures de retard telles que prévues.
Exit la boue des chemins- le spectre de la souillure massive, de
la mouillure en sous bois, de la descente technique sur rochers
glissants vers la Vierge entrevue ce matin. Nous coupons au plus
court, enfin presque puisque la rentrée au gîte par
la voie goudronnée portera le kilométrage sensiblement
vers les 70 km en place des 65 prévus.
Mais la levée de l'obstacle
de l'ornière traître, de la sente détrempée,
de la recherche de balise rose fluo sur le caillou ou sur l' écorce
n'empêchera pas les fesses de déguster l' eau du ciel,
sans parler des godasses absolument empesées de flotte. Mes
baskets blancs sortis d'usine (du sud-est Asiatique ?) auront donc
eu droit et au baptême et au lavage.
Ni la rentrée prématurée
ni l'absence de halte au bistrot du coin (qu'on n'a pas vu) n'enlèveront
le sourire de tout un chacun: Même si à l'instar d'un
Claude venu vraiment en touriste plus qu'en cyclotouriste, il fut
un peu tremblant et crispé au pied de la descente; même
si le robuste Kikou nous sortit tout violacé de ce premier
bain d'après- été, même si Michel désinvolte
regretta quelque peu d'avoir négligé de faire suivre
le sac à dos et le poncho par la même occasion. Je
ne suis pas sûr d'ailleurs que Philippe ne jouait pas des
castagnettes avec ses dents, ce qui ajoutera au folklore local fait
de vielhes et de rubans. Aujourd'hui c'était sac Nicollin
et sachet en plastique.
Tout comme Armstrong au Tour de France,
ressuscité après la canicule et sous les nuages de
Luz-Ardiden, Francis retrouve toute sa force et tout son allant
avec ce retour humide des éléments.
Allez, le prieuré est là, la messe est dite. D'ores
et déjà le groupe a approuvé (j'allais dire
encensé) les prochaines rencontres, plus au sud cette fois,
vers les garrigues du Salagou et les Pyrénées catalanes.
C'est ce qui s'appelle aller de l'avant, franchir les montagnes,
bref un groupe qui marche, surtout quand il ne pousse pas (90 km
et 1500 m le samedi: 70 km et 1200 m le dimanche)
Victor, le cheval (pas de retour,
pas étalon non plus) qui mange à tous les râteliers
(enfin presque !)
Retour aux récits
|